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Les interactions entre les guêpes et les autres insectes compétition prédation et symbiose

Les interactions entre les guêpes et les autres insectes compétition prédation et symbiose

Les interactions entre les guêpes et les autres insectes compétition prédation et symbiose

Quand on parle d’insectes « utiles », les abeilles ont bonne presse. Les guêpes, elles, héritent souvent du mauvais rôle : agressives, piqueuses, voleuses de confiture… Pourtant, sur le terrain, leurs interactions avec les autres insectes sont beaucoup plus subtiles : compétition, prédation, mais aussi services rendus et associations gagnant-gagnant.

Dans cet article, je vous propose de regarder les guêpes avec l’œil du naturaliste et de l’apiculteur : que se passe-t‑il vraiment entre guêpes, abeilles, autres pollinisateurs et ravageurs de cultures ? Et surtout : que peut-on en faire, concrètement, dans un rucher ou un jardin ?

De quelles guêpes parle-t-on exactement ?

Le mot « guêpe » est un fourre-tout. Pour comprendre leurs interactions avec les autres insectes, il faut déjà distinguer quelques grands groupes :

Dès qu’on regarde ces groupes séparément, on comprend que leurs relations avec les autres insectes peuvent aller du service rendu massif (régulation de ravageurs) au problème sérieux (prédation sur les abeilles) en passant par des interactions plus discrètes mais essentielles à l’équilibre des milieux.

Les guêpes, grandes prédatrices d’insectes ravageurs

C’est l’aspect le plus sous-estimé : la majorité des guêpes sont des régulatrices d’insectes, souvent considérés comme « nuisibles » par l’agriculteur ou le jardinier.

Chez les guêpes sociales (Vespula, Polistes), les adultes consomment surtout du sucre (nectar, miellat, fruits, jus), mais nourrissent leurs larves avec des proies animales fraîches. Ces proies sont très variées :

Une colonie de guêpes commune peut capturer plusieurs milliers d’insectes par jour au pic d’activité, pendant plusieurs semaines. Dans certaines études, on estime qu’un nid de Vespula peut éliminer plus de 250 kg de proies (poids frais) par saison, majoritairement des insectes herbivores. Ce n’est pas anecdotique à l’échelle d’un verger ou d’un jardin.

Les guêpes solitaires fonctionnent différemment mais avec le même résultat : réduction ciblée de certaines populations d’insectes. Quelques exemples utiles à connaître :

Dans les systèmes agricoles à faibles intrants (peu d’insecticides chimiques), ces interactions sont un allié précieux. Plus la structure du paysage est variée (haies, friches, bandes fleuries), plus les populations de guêpes et d’autres auxiliaires se maintiennent, et plus la pression des ravageurs se stabilise à un niveau acceptable.

Compétition entre guêpes et autres insectes pour la nourriture

Par définition, deux espèces sont en compétition quand elles exploitent la même ressource limitée au même moment. Chez les guêpes, on observe trois grands types de compétition avec les autres insectes :

Compétition pour les ressources sucrées

Les guêpes adultes ont besoin de sucre pour carburant. Elles exploitent :

Sur fleurs, la cohabitation avec les abeilles se passe généralement bien. Les guêpes sont rapides, mobiles, et ne restent pas longtemps sur chaque inflorescence. La compétition nette apparaît dans deux contextes :

Côté rucher, on voit alors plus de bagarres à l’entrée, de cadavres d’abeilles au sol, parfois un pillage si la défense de la colonie est affaiblie (abeilles âgées, reines défaillantes, forte pression de varroa).

Compétition pour les proies

Les guêpes prédatrices sont en compétition avec :

Sur le terrain, cette compétition se traduit souvent par des comportements d’« espionnage » :

Pour l’agriculteur ou l’apiculteur, ce jeu de concurrence reste globalement positif : il aboutit à une pression globale de prédation sur les ravageurs, même si elle est répartie entre plusieurs acteurs.

Quand les guêpes deviennent prédatrices d’abeilles et de pollinisateurs

C’est le volet qui inquiète le plus les apiculteurs. Toutes les guêpes ne chassent pas les abeilles, mais certaines espèces y recourent volontiers, surtout en fin de saison ou quand d’autres proies se raréfient.

Guêpes communes (Vespula spp.)

Elles capturent principalement :

Une colonie forte d’abeilles est généralement capable de repousser quelques dizaines de guêpes par jour sans dommage majeur. Le problème survient quand plusieurs facteurs se cumulent :

On observe alors des scènes de « harcèlement » : les guêpes testent en permanence l’entrée, se faufilent entre les gardiennes, repartent avec des morceaux d’abeilles ou de couvain. À terme, la colonie peut s’épuiser et s’effondrer.

Frelon européen (Vespa crabro)

Le frelon européen est un prédateur opportuniste qui capture :

Dans la plupart des contextes, les prélèvements restent faibles à l’échelle de la colonie d’abeilles. Le frelon européen joue par ailleurs un rôle important de régulateur d’insectes forestiers, notamment des coléoptères saproxyliques et de certains lépidoptères.

Frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax)

Le cas du frelon asiatique est à part, mais il illustre parfaitement une interaction de type prédation spécialisée sur les abeilles :

Cette pression modifie le comportement des colonies :

On voit bien ici comment une relation de prédation directe, lorsqu’elle est intense et déséquilibrée, peut déstabiliser tout le fonctionnement d’un rucher.

Symbioses et associations moins visibles autour des guêpes

On parle moins souvent des interactions positives ou neutres entre les guêpes et d’autres insectes, pourtant elles existent, parfois de façon très fine.

Partage des ressources florales avec les pollinisateurs

Quand les guêpes butinent, elles ne sont pas aussi efficaces que les abeilles pour le transport de pollen (corps plus lisses, comportements différents), mais elles participent malgré tout à la pollinisation de certaines plantes :

La présence simultanée de guêpes, d’abeilles, de bourdons et de syrphes sur ces plantes crée un réseau de pollinisation redondant : si une espèce décline sur une parcelle donnée (par exemple l’abeille domestique après un épisode de varroa ou d’intoxication), les autres peuvent compenser en partie la fonction.

Réseaux trophiques complexes avec les pucerons

Les pucerons sont au centre de nombreuses interactions :

Les guêpes sociales profitent du miellat sans forcément détruire la colonie de pucerons. Les parasitoïdes, eux, vont réguler cette colonie. On obtient alors une situation de coexistence dynamique : le puceron nourrit une chaîne complète, du parasitoïde au prédateur, en passant par les insectes butineurs.

Co-habitation dans les mêmes structures

Dans les milieux riches en cavités (vieux arbres, bâtiments, murs en pierre), on trouve souvent :

Cette cohabitation crée des micro-communautés d’insectes, chacun occupant sa niche. Les interactions directes ne sont pas toujours agressives ; souvent, chaque espèce évite le voisin, sauf en cas de disette ou de dérangement important.

Quels enseignements pratiques pour le rucher et le jardin ?

Pour un apiculteur ou un jardinier, l’objectif n’est pas d’éradiquer les guêpes (impossible et contre-productif), mais de :

Limiter l’attractivité du rucher pour les guêpes

Surveiller la dynamique des colonies

Une colonie très visitée par les guêpes est souvent un symptôme, pas seulement une cause :

En agissant sur la vigueur globale de la colonie (traitement varroa, renouvellement de reine, apport de ressources si nécessaire), on réduit indirectement l’impact des guêpes.

Piégeage : avec modération et au bon moment

Le piégeage des guêpes et des frelons est un sujet sensible. Mal utilisé, il détruit plus d’auxiliaires qu’il ne protège réellement les abeilles. Quelques repères :

L’objectif n’est pas de « faire le vide », mais de limiter la pression directe sur les ruches dans les périodes critiques.

Aménager l’environnement pour équilibrer les interactions

Plus un milieu est varié, plus les interactions entre guêpes, abeilles et autres insectes se diluent :

En pratique, on constate souvent que les ruchers situés dans des paysages complexes et riches subissent moins de prédation intense de la part des guêpes que ceux installés dans des milieux pauvres (zones industrielles, grands champs nus, parkings, etc.).

Changer de regard sur les guêpes

Les guêpes ne sont ni des « gentilles » ni des « méchantes » : ce sont des insectes sociaux ou solitaires insérés dans des réseaux d’interactions très denses avec les autres arthropodes. Elles mangent beaucoup d’insectes, parfois ceux qu’on voudrait protéger (abeilles, papillons), très souvent ceux qu’on cherche à réguler (pucerons, chenilles, mouches).

Pour l’apiculteur, la clé est de bien distinguer :

En observant régulièrement vos ruches, en soignant la qualité de l’environnement et en intervenant de manière ciblée plutôt que systématique, vous pouvez transformer une partie des guêpes présentes sur votre terrain en alliées silencieuses, tout en limitant les dégâts des espèces les plus problématiques.

La prochaine fois que vous verrez une guêpe découper une chenille sur une feuille de chou ou « nettoyer » les abords d’un rucher, demandez-vous : est-ce un ennemi à abattre, ou une pièce d’un puzzle plus vaste dont mes abeilles profitent aussi, indirectement ?

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