L’altise est un tout petit coléoptère, mais elle peut faire de gros dégâts en quelques jours. Sur un semis de radis, de navets ou de choux, une attaque bien installée transforme rapidement les jeunes feuilles en véritable dentelle. Le problème est particulièrement marqué au printemps, lorsque les plantules sont encore peu développées et disposent de réserves limitées.
Son nom courant prête parfois à confusion. L’altise n’est pas une puce, même si elle saute avec une étonnante efficacité. Il s’agit d’un petit coléoptère de la famille des Chrysomelidae. Plusieurs espèces sont regroupées sous ce nom, notamment celles du genre Phyllotreta, fréquentes sur les plantes de la famille des Brassicacées.
La bonne stratégie repose sur trois étapes : identifier correctement les dégâts, intervenir lorsque la plante est vulnérable, puis combiner plusieurs moyens de protection. Un insecticide utilisé trop tard, ou appliqué sans tenir compte des pollinisateurs, donne rarement un résultat satisfaisant.
Reconnaître une altise au jardin
L’altise adulte mesure généralement entre 1,5 et 4 millimètres. Elle possède un corps compact, souvent noir, bleu métallique, brun ou rayé selon l’espèce. Son signe distinctif est sa capacité à bondir très loin par rapport à sa taille. Lorsque l’on approche la main d’un plant attaqué, les adultes peuvent disparaître d’un seul coup, comme si le sol les avait avalés.
Pour les observer, choisissez de préférence une matinée calme. Placez une feuille blanche ou un carton sous le feuillage, puis secouez délicatement la plante. Les insectes tombent sur le support et deviennent plus faciles à repérer. Une inspection rapide à plusieurs endroits de la parcelle permet de vérifier s’il s’agit bien d’altises et non de pucerons, de cicadelles ou de petites chenilles.
Les dégâts sont très caractéristiques :
- de petits trous ronds, souvent de 1 à 2 millimètres de diamètre ;
- des perforations nombreuses sur les premières feuilles ;
- un feuillage qui ressemble à une passoire lorsque l’attaque est forte ;
- des plantules qui cessent de pousser ou se dessèchent après plusieurs jours chauds ;
- des adultes qui sautent dès que l’on touche la plante.
Les altises apprécient particulièrement les jeunes cultures de radis, roquette, navet, chou, brocoli, moutarde, pak-choï et colza. Certaines espèces s’attaquent aussi à l’aubergine, à la pomme de terre ou à d’autres plantes potagères. L’identification de la plante touchée donne donc déjà une indication utile, mais elle ne suffit pas à déterminer l’espèce exacte.
Pourquoi les jeunes plants sont les plus exposés
Une plante adulte peut supporter une quantité importante de morsures. Une plantule de quelques centimètres, en revanche, possède très peu de feuilles de remplacement. Si les cotylédons, c’est-à-dire les premières feuilles issues de la graine, sont perforés ou détruits, la croissance peut s’arrêter définitivement.
Le risque augmente lorsque plusieurs conditions sont réunies :
- temps chaud et sec ;
- sol peu humide en surface ;
- semis récemment levé ;
- absence de végétation couvrante ;
- parcelle déjà occupée par des Brassicacées l’année précédente.
Les altises adultes passent souvent l’hiver dans les débris végétaux, les herbes, les haies basses ou la couche superficielle du sol. Au printemps, elles reprennent leur activité dès que les températures remontent. Les femelles pondent ensuite à proximité des plantes-hôtes. Selon l’espèce et les conditions météorologiques, les larves se développent dans le sol ou sur les parties souterraines de la plante.
Un point important : les trous observés aujourd’hui ne signifient pas forcément que les altises sont encore présentes. Les adultes peuvent avoir quitté la parcelle, tandis que les dégâts restent visibles. Avant d’intervenir, il faut donc rechercher l’insecte vivant, notamment sur les nouvelles feuilles et les bordures de la culture.
Les erreurs fréquentes à éviter
La première erreur consiste à attendre que les plants soient fortement endommagés. Une fois les feuilles criblées de trous, la plante a déjà perdu une partie de sa capacité à produire de l’énergie. Une protection précoce est beaucoup plus efficace qu’un traitement de rattrapage.
La deuxième erreur consiste à arroser abondamment le feuillage en pensant éliminer les altises. Une humidification ponctuelle peut gêner les adultes, mais elle ne constitue pas une méthode durable. Un feuillage maintenu humide peut aussi favoriser des maladies, surtout si l’aération est mauvaise.
Autre confusion courante : attribuer tous les trous à une chenille. Les chenilles laissent souvent des déjections visibles, des bords de feuilles grignotés et des dégâts de forme irrégulière. L’altise, elle, produit généralement de petites perforations rondes, comme réalisées avec une minuscule perforatrice.
Enfin, évitez de traiter systématiquement toute la parcelle avec un insecticide dès la découverte de quelques trous. La présence d’un ou deux adultes ne justifie pas toujours une intervention chimique. Il faut tenir compte de l’âge des plants, de la vitesse d’apparition des dégâts et de la météo des jours suivants.
Protéger les semis avec un voile anti-insectes
Le voile anti-insectes est souvent la solution la plus fiable pour les petites surfaces. Il agit comme une barrière physique et empêche les adultes d’atteindre les jeunes plantes. Utilisez un voile suffisamment fin pour bloquer les altises, généralement un filet spécial anti-insectes plutôt qu’un simple voile d’hivernage très ajouré.
La pose doit être réalisée immédiatement après le semis ou la plantation. Si les altises sont déjà présentes sous le voile, vous les protégez avec la culture. Avant de couvrir, inspectez donc les plants et retirez les adultes visibles.
Quelques règles font la différence :
- tendez le voile sur des arceaux afin qu’il ne repose pas directement sur les feuilles ;
- enterrez ou alourdissez soigneusement les bords ;
- contrôlez régulièrement qu’aucun passage ne subsiste ;
- retirez le voile pour désherber, puis refermez-le immédiatement ;
- surveillez la température et l’humidité sous la protection.
Le voile doit rester en place pendant la période où les plantes sont les plus sensibles. Pour les Brassicacées, il peut être conservé jusqu’à ce que les plants soient suffisamment développés. Il faudra cependant l’enlever avant la floraison si la culture doit être pollinisée par les insectes, ou si les plantes montent à graines.
Favoriser une croissance rapide
Une plante vigoureuse résiste mieux aux attaques qu’un plant stressé. Préparez un sol suffisamment fertile, maintenez une humidité régulière et évitez de laisser les jeunes semis souffrir de la concurrence des adventices.
Le paillage peut limiter les déplacements de certains adultes et conserver l’humidité du sol. Une couche de matière organique bien décomposée, de quelques centimètres, est préférable à un paillage épais posé contre des plantules fragiles. Sur les semis directs, attendez que les plants soient bien levés avant de couvrir, afin de ne pas les étouffer.
Les arrosages doivent être réguliers mais mesurés. Il vaut mieux apporter de l’eau au pied, tôt le matin, que détremper quotidiennement le feuillage. Le but n’est pas de noyer les altises, mais de maintenir les plantes dans de bonnes conditions de croissance.
Le rôle de la rotation et du nettoyage
La rotation des cultures réduit la probabilité de retrouver immédiatement une forte population au même endroit. Évitez de semer des radis, des navets ou des choux à répétition sur une même planche. Alternez avec des légumes appartenant à d’autres familles botaniques, comme les salades, les haricots ou les courgettes.
Après la récolte, retirez les résidus fortement infestés et les plantes qui ne produisent plus. Ne laissez pas une succession de plantes-hôtes servir de relais aux altises pendant toute la saison. Le nettoyage ne supprimera pas tous les individus, car certains hivernent dans les abords de la parcelle, mais il réduit les refuges directement disponibles.
Il ne faut toutefois pas transformer le jardin en sol nu et stérile. Les haies, bandes fleuries et zones refuges sont importantes pour les auxiliaires. L’objectif est de supprimer les foyers de culture infestés, pas de supprimer toute la biodiversité autour du potager.
Les plantes répulsives et les solutions maison
On entend souvent parler d’infusions d’ail, de tanaisie, d’absinthe ou de piment. Ces préparations peuvent parfois perturber temporairement les insectes, mais leur efficacité est variable et leur tenue sur le feuillage reste limitée. Elles ne remplacent pas un voile correctement posé.
La terre de diatomée est également proposée contre les insectes rampants et sauteurs. Il s’agit d’une poudre minérale abrasive qui agit lorsqu’elle reste sèche. Après une pluie ou un arrosage, son effet diminue fortement. Elle peut aussi toucher des insectes utiles présents sur les plantes ou le sol. Son emploi doit donc rester ciblé, en évitant les fleurs et les zones fréquentées par les pollinisateurs.
Les pièges englués jaunes ou blancs peuvent aider à détecter une présence et à suivre l’évolution des adultes. Ils ne suffisent généralement pas à protéger une grande culture, mais ils sont intéressants pour le suivi. Posez-en quelques-uns en bordure et vérifiez-les deux fois par semaine.
Quand envisager un insecticide
Un insecticide ne devrait intervenir qu’après identification du ravageur et évaluation des dégâts. Sur une culture destinée à la consommation, utilisez uniquement un produit autorisé pour la plante concernée et respectez strictement les indications de l’étiquette : dose, nombre d’applications, délai avant récolte et conditions d’emploi.
Les produits à base de pyréthrines ou de pyréthrinoïdes peuvent être efficaces sur les altises adultes, mais ils ne sont pas sélectifs. Ils peuvent également tuer des auxiliaires, des abeilles et d’autres insectes non ciblés. Une pulvérisation en pleine journée sur une culture fleurie est à proscrire.
Si un traitement est réellement nécessaire, intervenez :
- sur une culture non fleurie ;
- le soir, lorsque les abeilles ne butinent plus ;
- par temps calme, sans vent ;
- en évitant les fleurs, les haies fleuries et les points d’eau ;
- avec le matériel réglé pour limiter la dérive.
Ne mélangez pas plusieurs produits sans vérifier leur compatibilité. Une dose supérieure à celle recommandée n’améliore pas forcément le résultat et augmente les risques pour l’utilisateur, l’environnement et les insectes utiles. Les traitements répétés peuvent aussi favoriser la sélection de populations moins sensibles.
Pour un potager familial, le voile et la surveillance sont généralement plus rationnels qu’une pulvérisation généralisée. L’insecticide est un outil de dernier recours, pas une assurance automatique contre chaque trou dans une feuille.
Un protocole simple sur sept jours
En pratique, voici la démarche que j’appliquerais sur une planche de jeunes Brassicacées :
- Jour 1 : inspecter les plants, secouer quelques feuilles au-dessus d’un carton blanc et confirmer la présence d’altises ;
- Jour 1 : retirer les adultes visibles et installer un voile anti-insectes parfaitement fermé ;
- Jour 2 à 3 : vérifier l’humidité du sol, les nouvelles feuilles et l’absence de passage sous le filet ;
- Jour 4 à 5 : contrôler l’évolution des dégâts. Si les nouvelles feuilles sont intactes, la protection fonctionne ;
- Jour 6 à 7 : maintenir le voile et renforcer la croissance par un arrosage au pied si nécessaire.
Si les dégâts continuent malgré le voile, cherchez une autre cause : insectes déjà présents sous la protection, mailles trop larges, bord mal fixé ou ravageur différent. Une observation méthodique évite bien des traitements inutiles.
Protéger les abeilles et les auxiliaires
Les altises sont petites, mais elles ne doivent pas conduire à une réponse disproportionnée. Dans un jardin proche d’un rucher, d’une haie fleurie ou d’une prairie, la priorité est de limiter toute pulvérisation. Les abeilles ne consomment pas les feuilles de chou, mais elles peuvent visiter les fleurs voisines et être exposées aux résidus ou à la dérive.
Conservez les plantes mellifères, les bandes fleuries et les abris naturels pour les syrphes, carabes, araignées et autres auxiliaires. Certains prédateurs contribuent à réguler les populations d’insectes, même si leur action ne suffit pas toujours lorsque les altises attaquent une plantule fraîchement levée.
Le meilleur résultat vient rarement d’une méthode unique. Un semis réalisé au bon moment, une plante bien nourrie, un voile posé rapidement et une surveillance régulière permettent souvent de traverser la période critique sans utiliser d’insecticide. Et lorsqu’une intervention devient nécessaire, elle peut rester localisée, raisonnée et compatible avec la vie du jardin.
