Installer un nichoir à chauves-souris sur un rucher, c’est un peu comme ajouter une ruche de renfort… mais pour les insectivores. Ces « collègues nocturnes » consomment des milliers d’insectes chaque nuit, dont une partie sont des ravageurs des cultures et des nuisibles pour l’homme. Avec un plan simple, quelques planches et un peu de méthode, vous pouvez fabriquer vous-même un nichoir robuste, efficace et durable.
Je vous propose ici un plan de nichoir à chauves-souris adapté aux espèces européennes les plus communes, avec une construction pas à pas, les dimensions précises, les erreurs à éviter et des conseils d’installation testés sur le terrain.
Pourquoi installer un nichoir à chauves-souris près du rucher ?
Avant de sortir la scie, il est utile de comprendre l’intérêt de ces nichoirs pour un apiculteur ou un passionné de nature.
Quelques ordres de grandeur :
- Une chauve-souris insectivore peut consommer jusqu’à 3 000 insectes en une seule nuit.
- Un petit groupe (colonie) de 20 à 30 individus représente plusieurs dizaines de milliers d’insectes prélevés chaque nuit dans le paysage.
- Les proies : moustiques, mouches, certains papillons nocturnes, coléoptères… et de nombreux ravageurs agricoles.
Pour l’apiculteur, l’intérêt est indirect mais réel :
- Moins de pression d’insectes nuisibles autour du rucher (moustiques pour le confort, certains ravageurs pour les cultures avoisinantes).
- Renforcement de la biodiversité fonctionnelle : plus il y a de prédateurs naturels, plus l’écosystème est équilibré.
- Outil pédagogique : un nichoir occupé est un excellent support pour expliquer le rôle des pollinisateurs (abeilles) et des auxiliaires (chauves-souris) lors de visites de rucher.
Important : les chauves-souris ne chassent pas spécifiquement les abeilles. Les collisions existent, mais les observations montrent que, dans un environnement diversifié, les abeilles ne sont pas leur cible principale. L’installation d’un nichoir dans un rucher ne met pas en danger les colonies.
Quel type de nichoir choisir ?
Il existe une grande variété de modèles. Pour un premier équipement, je recommande un nichoir de type « boîte plate » à fente d’entrée inférieure. C’est un modèle polyvalent, apprécié par plusieurs espèces européennes.
Caractéristiques du modèle proposé :
- Type : nichoir à chambre simple, adossé (à fixer contre un mur, un arbre ou un poteau).
- Entrée : fente étroite sous le plancher (environ 1,5 à 2 cm de hauteur).
- Surface intérieure : parois verticales avec relief (rainures) pour faciliter le déplacement et l’accrochage.
- Toit : incliné et débordant pour limiter les infiltrations d’eau.
Ce modèle présente plusieurs avantages :
- Construction simple avec des outils de base (scie, perceuse-visseuse).
- Boîte discrète, peu volumineuse, facile à intégrer sur un bâtiment agricole ou un abri de rucher.
- Entretien limité : pas de nettoyage interne chaque année comme pour un nichoir à oiseaux.
Matériaux et dimensions conseillés
Pour ce plan, je pars sur une épaisseur de bois de 18 à 20 mm. C’est un bon compromis entre isolation, robustesse et poids.
Essence de bois recommandée :
- Douglas, mélèze, châtaignier ou pin non traité (classe 3 possible) : durables en extérieur.
- Éviter absolument les bois traités en autoclave avec des produits toxiques (les chauves-souris sont sensibles aux polluants).
Dimensions (pour un nichoir standard) :
- Hauteur totale : 45 cm
- Largeur : 20 à 25 cm
- Profondeur intérieure : 2 à 3 cm (espace entre le fond et la face avant)
Liste des pièces (en bois de 18–20 mm d’épaisseur) :
- Fond : 45 cm (h) x 25 cm (L)
- Face avant : 35 cm (h) x 25 cm (L)
- Plancher (planche d’atterrissage) : 10 cm (h) x 25 cm (L)
- Toit : 30 cm (L) x 27–28 cm (légèrement plus large que le fond pour le débord)
- Deux côtés : 45 cm (h) x 5 cm (l)
Ces dimensions peuvent être légèrement ajustées, mais gardez :
- Une fente d’entrée de 1,5 à 2 cm de hauteur entre le plancher et la face avant.
- Une profondeur intérieure totale de 2 à 3 cm (les chauves-souris aiment les espaces étroits et sombres).
Visserie et accessoires :
- Vis inox ou galvanisées (4 x 40 mm ou 4 x 50 mm).
- Colle à bois extérieure (optionnel mais renforce l’étanchéité).
- Teinte ou lasure écologique à base d’eau pour l’extérieur (jamais sur l’intérieur).
- Agrafes ou crochets pour la fixation (selon le support choisi).
Préparation des pièces : traçage et découpe
Sur une planche de bois brut, tracez d’abord toutes vos pièces au crayon, en respectant les dimensions indiquées. Anticiper le débit permet de limiter les chutes.
Quelques conseils pratiques :
- Utiliser une scie circulaire ou une scie sauteuse bien affûtée pour des coupes nettes.
- Numéroter chaque pièce au crayon au dos (F pour fond, A pour avant, etc.) pour ne pas les mélanger.
- Prévoir un léger ponçage des arêtes extérieures pour éviter les échardes, mais ne pas lisser l’intérieur à l’excès.
Astuce pour les parois intérieures :
Les chauves-souris ont besoin de s’agripper facilement. Il est donc utile de créer un relief sur le fond et la face avant intérieure :
- Tracer des rainures horizontales espacées de 1 à 2 cm.
- Les réaliser à la scie circulaire peu profonde ou au ciseau à bois.
- On peut aussi agrafer un morceau de toile de jute ou un grillage très fin, mais le bois rainuré reste plus durable.
Montage pas à pas du nichoir
Le montage se fait idéalement sur un établi, à plat, en vérifiant l’équerrage (angles à 90°).
Étape 1 : assemblage du fond et des côtés
- Positionner les deux planches de côté de part et d’autre du fond, à fleur des bords.
- Appliquer un filet de colle à bois sur la tranche, puis maintenir avec des serre-joints si disponible.
- Pré-percer les trous de vis (pour éviter que le bois ne fende), puis visser (2 à 3 vis par côté).
Étape 2 : pose du plancher
- Le plancher se fixe en bas du fond, à l’extérieur, en débordant de 2 à 3 cm vers l’avant (zone d’atterrissage).
- Le dessous du plancher peut lui aussi être rainuré pour améliorer l’accroche.
- Visser par le dessous ou par l’arrière du fond.
Étape 3 : installation de la face avant
- La face avant ne descend pas jusqu’au plancher : laissez un espace de 1,5 à 2 cm pour l’ouverture d’entrée.
- Positionner la face avant bien verticale, alignée avec le haut du fond.
- Visser sur les côtés et éventuellement dans le fond.
Vous obtenez ainsi une chambre unique, étroite, légèrement ouverte en bas, et totalement sombre.
Étape 4 : fixation du toit
- Le toit doit recouvrir entièrement le nichoir, avec un débord de 3 à 4 cm devant et sur les côtés.
- Donner une légère pente (2 à 3 cm de différence entre l’avant et l’arrière) pour que l’eau s’écoule.
- Visser le toit par le dessus, dans les côtés et le fond.
Vous pouvez ajouter un joint fin de silicone écologique entre le toit et les parois si le nichoir sera très exposé aux pluies battantes, mais ce n’est pas indispensable si les ajustements sont propres.
Finition : protéger sans intoxiquer
L’intérieur du nichoir doit rester brut, sans peinture, sans lasure, sans colle apparente. L’odeur de solvants ou de produits chimiques peut repousser les chauves-souris, voire être toxique.
Pour l’extérieur :
- Appliquer une lasure ou une peinture microporeuse à base d’eau, sans biocide, uniquement à l’extérieur.
- Couleur recommandée : foncée (brun, gris, noir) si vous êtes en région tempérée ou fraîche, car elle favorise le réchauffement matinal ; plus claire si vous êtes en climat très chaud.
- Laisser sécher plusieurs jours à l’abri, de préférence à l’extérieur, pour évacuer les odeurs avant installation.
Pour prolonger la durée de vie :
- Insister sur les chants (tranches du bois) qui sont les plus sensibles aux infiltrations.
- Éviter les peintures brillantes : une finition mate se fond mieux dans l’environnement et chauffe moins.
Où installer le nichoir à chauves-souris ?
C’est ici que beaucoup de projets échouent. Un bon nichoir mal placé risque de rester vide plusieurs années.
Critères de base :
- Hauteur : minimum 3 à 4 m du sol, idéalement 4 à 6 m.
- Orientation : sud, sud-est ou sud-ouest selon votre climat. En climat froid, chercher le soleil ; en climat chaud, éviter le plein sud.
- Dégagement : dégagé sur au moins 3 à 5 m devant l’entrée pour faciliter les manœuvres d’approche.
- Support : mur de bâtiment agricole, pignon de grange, grand tronc d’arbre sans branches proches, poteau dédié.
Pour un rucher :
- Éviter de le placer juste au-dessus des ruches pour limiter les déjections tombant sur les toits (même si ce n’est pas dramatique).
- Le positionner sur un bâtiment ou un arbre à 10–20 m du rucher est souvent une bonne option.
- Si vous avez un abri de rucher fermé, son pignon sud est un support idéal.
Précautions :
- Vérifier la solidité du support (pas de poutre pourrie, pas de mur friable).
- S’assurer que le nichoir ne soit pas directement éclairé par un projecteur nocturne (les chauves-souris fuient la lumière intense).
Fixation en sécurité
À 4 ou 5 m de hauteur, la sécurité passe avant tout. Ne pas improviser avec une échelle instable.
Quelques recommandations de terrain :
- Travailler à deux : une personne en hauteur, une personne qui stabilise l’échelle ou la plateforme.
- Utiliser des vis longues avec chevilles adaptées si vous fixez sur un mur en dur.
- Sur un arbre, privilégier des sangles ou des crochets vissés plutôt que des clous longs qui blessent profondément le tronc.
- Vérifier que le nichoir est bien plaqué contre le support, sans balancement.
Pour limiter le temps passé en hauteur, vous pouvez :
- Pré-percer les trous de fixation au sol.
- Visser partiellement les vis ou installer les crochets avant de monter le nichoir.
Et après : suivi et entretien
Un nichoir à chauves-souris occupé se remarque surtout… à ce qu’on trouve en dessous.
Signes de présence :
- Accumulation de petites crottes sombres, friables, ressemblant à des graines de lin allongées.
- Parfois, quelques insectes ailés ou fragments d’ailes au sol.
- En soirée, observation de sorties de chauves-souris à la tombée de la nuit (avec beaucoup de patience).
À ne pas faire :
- Ne jamais ouvrir le nichoir en pleine période d’occupation (printemps-été), sous peine de provoquer l’abandon.
- Ne pas manipuler ou déranger les chauves-souris (espèces protégées en France et en Europe).
Entretien minimal :
- Une fois par an, en hiver (hors période de reproduction), vérifier l’état extérieur du nichoir.
- Reserrer éventuellement une vis, refaire une petite retouche de lasure si le bois grise trop vite.
- Surveiller que la végétation ne ferme pas l’accès (branches, lierres) et dégager si nécessaire.
Contrairement aux nichoirs à oiseaux, il n’est pas nécessaire de « nettoyer » l’intérieur. Les chauves-souris gèrent très bien leurs gîtes.
Erreurs fréquentes et comment les éviter
Après plusieurs installations sur des bâtiments agricoles et des ruchers, on retrouve toujours les mêmes problèmes. Autant les anticiper.
- Erreur : Nichoir posé trop bas (2 m du sol).
Résultat : Peu ou pas de fréquentation, exposition aux prédateurs et aux dérangements.
Solution : Viser 4 m et plus, quitte à le mettre sur un pignon plutôt que sur un petit abri. - Erreur : Bois traité ou intérieur peint.
Résultat : Odeurs répulsives, risque toxique, nichoir boudé.
Solution : Intérieur brut, extérieur avec produits à base d’eau, séchés longuement. - Erreur : Nichoir installé à l’ombre permanente, dans un endroit froid et humide.
Résultat : Température interne trop basse, peu attractif pour la reproduction.
Solution : Choisir un emplacement recevant du soleil une partie de la journée, selon votre région. - Erreur : Ouverture trop large (plus de 3 cm).
Résultat : Entrée aux prédateurs, dérangements, courants d’air.
Solution : Respecter 1,5 à 2 cm maxi. - Erreur : Attendre une occupation immédiate.
Résultat : Déception après quelques mois, abandon du projet.
Solution : Laisser le nichoir en place au moins 2 à 3 ans. Les chauves-souris prospectent et mémorisent les gîtes sur le long terme.
Aller plus loin : multiplier les gîtes et diversifier
Comme pour les ruches, un seul nichoir ne fait pas une « exploitation ». Pour réellement offrir un réseau de gîtes :
- Installer plusieurs nichoirs, avec des orientations différentes (sud, sud-est, est) pour varier les microclimats.
- Combiner des modèles : nichoirs simples, double chambre, voire grands gîtes sous toiture pour les projets plus ambitieux.
- Travailler à l’échelle du paysage : accords avec les voisins, agriculteurs, collectivités pour installer des nichoirs sur d’autres bâtiments.
En apiculture, nous savons bien que la santé des colonies dépend aussi de ce qui se passe autour : haies, prairies, diversité florale. Les chauves-souris sont une brique de plus dans cette approche globale.
En quelques heures de bricolage, vous pouvez transformer une simple planche en gîte pour un auxiliaire nocturne précieux. Et, avec un peu de patience, vous aurez peut-être un soir la satisfaction de voir sortir « vos » locataires, pendant que vos abeilles, elles, terminent leur journée au calme dans les ruches.